
Pascal Genest-Richard
Chercheur postdoctoral en économie écologique, Université du Québec en Outaouais et chargé de cours, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Université Laval
Publication primée : Multivariate analysis of economic performance and environmental impacts of multispecies pastured livestock farms using direct marketing
Publiée dans : Agricultural Systems / Elsevier
Résumé
Le secteur de l’élevage est souvent pointé du doigt pour ses émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’eau qu’il engendre par la disposition des excréments des animaux et la production de grains nécessaire à leur alimentation. Or toutes les façons de faire l’élevage ne s’équivalent pas et certaines pratiques alternatives deviennent de plus en plus populaires parmi la relève agricole, comme celles d’élever plusieurs espèces animales au pâturage et de mettre en marché les produits directement aux consommateurs, par exemple. Les impacts environnementaux et la performance économique de ces élevages n’ont, par contre, pas encore fait l’objet d’études scientifiques.
Cette étude visait à combler ce manque d’information. L’élevage alternatif est-il prometteur d’un point de vue environnemental? D’un point de vue économique? Pour répondre à ces questions, un échantillon de 15 fermes d’élevage alternatif québécoises a été caractérisé de façon très détaillée puis divisé en trois catégories par une analyse statistique.
Les résultats obtenus démontrent que certains aspects de ces fermes sont clairement avantageux, comme le fait de jumeler l’élevage à la production végétale, augmentant les superficies disponibles pour l’épandage des excréments et pour le pâturage. Aussi, la diversification des espèces élevées permet l’offre d’une gamme de produits variés et sa mise en marché directement aux consommateurs permet le maintien d’une petite échelle de production par l’obtention de prix plus élevés par les éleveurs. D’autres pratiques propres aux élevages alternatifs ne sont toutefois pas particulièrement avantageuses comparativement à celles des élevages conventionnels. Parmi celles-ci, notons l’élevage de troupeaux de porcs au pâturage et nourris à la moulée à base de grains provenant de l’extérieur de la ferme. Non seulement ces achats de moulée diminue-t-ils drastiquement la performance économique des fermes, mais l’importation nette de nutriments qu’ils représentent contribue à saturer les sols en minéraux, augmentant la pollution des milieux hydriques environnants. Ces effets sont exacerbés lorsque les porcs élevés sont de races rustiques, moins productives, et que la quantité d’animaux par superficie de pâturage est élevée.