
Valentine Loiseau
Biologiste et chercheuse postdoctorale, Université du Québec à Rimouski, Pêches et Océans Canada
Publication primée : Exposure to a gradient of freshwater pulses duration mimicking frequent floodings reveals species-specific vulnerability thresholds in an assemblage of key benthic molluscs
Publiée dans : Journal of Experimental Marine Biology and Ecology / Elsevier
Résumé
Les estuaires sont des milieux riches en biodiversité qui rendent de nombreux services essentiels, notamment en abritant de nombreuses espèces marines qui améliorent la qualité de l’eau en la filtrant. Cependant, ces écosystèmes sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques : l’intensification des précipitations et des crues entraîne de plus en plus souvent des inondations qui font chuter brutalement la salinité de l’eau. Ces épisodes d’eau douce peuvent durer plusieurs jours et représentent un défi majeur pour les organismes marins qui vivent dans ces environnements naturellement salés.
Bien que les espèces estuariennes sont capables prospérer sous variations de salinité journalière, leur tolérance aux épisodes extrêmes et prolongés reste mal connue, en particulier dans les estuaires subarctiques peu étudiés. Pour mieux comprendre ces impacts, l’étude de Valentine Loiseau et de ses collaborateurs a évalué la sensibilité de trois espèces clés d’invertébrés marins benthiques présents dans ces milieux : la littorine des rochers Littorina saxatilis, la telline de la Balthique Macoma balthica et la moule bleue Mytilus spp.
En laboratoire, l’équipe a soumis pendant 6 semaines ces espèces à des cycles comprenant 12 durées différentes d’exposition à de l’eau douce, allant de 0 à 9 jours, entrecoupées de 24 heures en eau de mer. Ils ont ensuite mesuré leur mortalité, leur croissance, et, pour les moules, leur contenu énergétique, après deux, quatre et six semaines.
Les résultats montrent que toutes les espèces tolèrent bien des expositions répétées à l’eau douce de courte durée (moins de 2 jours). Cependant, leur résistance diminue lorsque ces épisodes s’allongent. La littorine est le plus sensible : sa mortalité augmente dès deux semaines d’exposition à des pulses d’eau douce supérieurs à 2 jours. La telline présente une vulnérabilité similaire, mais seulement après quatre semaines. Les moules se révèlent les plus tolérantes : leur seuil critique n’apparaît qu’après six semaines, avec une hausse de mortalité pour des épisodes supérieurs à 5 jours. Par ailleurs, la croissance de la coquille n’est ralentie que chez la littorine, tandis que le contenu énergétique des moules augmente dans les conditions de stress prolongé, suggérant des mécanismes physiologiques complexes.
Ces résultats démontrent que chaque espèce réagit différemment aux épisodes d’eau douce, ce qui peut profondément modifier la composition des communautés estuariennes. L’étude souligne l’importance d’identifier des seuils écologiques précis afin de mieux prédire les effets des crues liées au climat et d’orienter les stratégies de gestion, notamment en matière de conservation de la biodiversité et de gestion des barrages.