
Rosalie Lacerte
Étudiante au doctorat en psychologie, Université du Québec à Trois-Rivières
Publiée dans : European Review of Applied Psychology
Résumé
À l’adolescence, la perception que son corps est accepté par ses proches constitue un élément crucial pour le développement d’une image corporelle positive et d’une saine relation avec la nourriture. Il est essentiel de s’intéresser à l’image corporelle et aux comportements alimentaires des adolescentes puisqu’elles présentent des taux élevés d’insatisfaction corporelle et qu’elles sont particulièrement à risque de développer des troubles du comportement alimentaire. Or, le rôle que joue l’acceptation corporelle de la part de chacun des parents quant à la relation que les jeunes filles entretiennent avec leur corps et avec la nourriture n’a pas encore été documenté.
Cette recherche visait à examiner si l’acceptation corporelle provenant du père et celle provenant de la mère, telles que perçues par les adolescentes, sont indépendamment liées à différentes facettes de l’image corporelle, soit : 1) l’appréciation de son corps, 2) l’auto-objectification (c.-à-d. percevoir son corps comme un objet qui existe pour le regard des autres) et 3) la comparaison sociale liée à l’apparence, ainsi qu’à l’alimentation intuitive (c’est-à-dire, une forme d’alimentation bienveillante caractérisée par une forte connexion avec les signaux physiologiques internes de faim et de satiété) des adolescentes. Les résultats montrent que plus les adolescentes perçoivent une forte acceptation corporelle de la part de leur père, plus elles apprécient leurs corps, moins elles ont tendance à s’auto-objectifier et plus elles mangent de façon intuitive. L’acceptation corporelle perçue de la part de la mère est également liée à ces mêmes indicateurs, de même qu’à une plus faible tendance à la comparaison sociale liée à l’apparence. Par ailleurs, les résultats montrent que les adolescentes qui perçoivent un niveau élevé d’acceptation corporelle de la part de leurs deux parents sont celles qui rapportent les plus hauts niveaux d’appréciation de leur corps. De plus, on observe que lorsque l’acceptation corporelle par la mère est faible, l’acceptation corporelle perçue de la part du père semble jouer un rôle compensatoire, aidant les filles à mieux apprécier leur corps. Cependant, lorsque l’acceptation du corps par la mère est élevée, l’acceptation du corps par le père ne jouerait pas de rôle sur l’appréciation corporelle de l’adolescente. À l’inverse, quel que soit le niveau d’acceptation du corps perçu par le père, l’acceptation du corps perçue par la mère serait toujours bénéfique pour l’appréciation du corps de l’adolescente.
En conclusion, la perception de l’acceptation corporelle provenant de chacun des parents est liée à des indicateurs d’une image corporelle positive et d’une saine relation avec la nourriture chez leur adolescente. Les résultats de cette étude suggèrent que les interventions systémiques auprès de la famille gagneraient à intégrer les deux parents, car leurs actions individuelles sont importantes à prendre en compte afin de mieux comprendre la relation des adolescentes avec leur corps et avec la nourriture.