Capsules d’information sur l’éthique – FRQSC

Cette série de capsules vise les membres de la communauté scientifique financée par le FRQSC qui se familiarisent avec l’éthique de la recherche. Ainsi, l’information porte plus spécifiquement sur la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres.

L’information fournie est harmonisée avec l’Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains – ÉPTC2 (2018).

Inconvénients et risques

Outre les risques physiques, les activités de recherche peuvent aussi amener des inconvénients ou mettre les personnes qui y participent en situation inconfortable sur le plan psychologique (comme certaines questions d’entrevue ou un questionnaire qui remémoreraient des souvenirs désagréables). Toutefois, il existe certaines mesures visant à minimiser les inconvénients ou risques psychologiques.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d’éthique de la recherche?

Le respect du bien-être des personnes participantes est à la base de cette demande. Bien que la recherche soit nécessaire pour le développement des connaissances et de l’innovation, elle peut comporter des inconvénients pour les personnes participantes. Si celles-ci ressortent troublées émotionnellement à la suite de leur participation à une recherche, les chercheuses et chercheurs doivent disposer de ressources qui les aideront à surmonter cette épreuve ou pouvoir les orienter vers les ressources appropriées. En outre, l’Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2) considère que les chercheuses et chercheurs doivent prévoir des moyens pour minimiser les répercussions psychologiques causées par la participation à la recherche. Par exemple, lors de la présentation du déroulement de la recherche, on pourrait insister sur le fait que les personnes qui participent peuvent cesser leur participation quand bon leur semble. Elles pourraient aussi décider de ne pas répondre à certaines questions d’entrevue, et ce, sans avoir à donner de raison.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

À la différence de la recherche dans le domaine biomédical, les inconvénients ou les risques liés à la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres (SSHAL) sont plus souvent psychologiques que physiques. Bien entendu, les uns ne peuvent être considérés comme plus importants que les autres. Mais, chose certaine, les inconvénients ou risques psychologiques demeurent plus difficiles à circonscrire et les répercussions de cet ordre sont plus subtiles. Elles risquent même de passer inaperçues. Si des participantes ou participants à une étude clinique peuvent difficilement cacher un effet indésirable qu’elles ou ils subissent à la suite de l’administration du médicament testé, des participants ou participantes à une recherche sur la violence familiale pourraient refouler leur malaise devant certaines questions sur le sujet.

C’est pourquoi il est très important pour les chercheuses et chercheurs de rester à l’affût de signes pouvant dénoter un malaise chez les participantes et participants. En outre, il faut prévoir des mesures afin d’atténuer les inconvénients qui peuvent découler de la recherche. Par exemple, prévoir des pauses au cours d’un entretien, s’assurer que tout va bien avant de poursuivre, offrir aux personnes participantes de mettre fin à l’entrevue si elles expriment un inconfort ou un malaise, quitte à reprendre un autre jour ou à simplement cesser la participation à la recherche. Dans un cas de bouleversement ou de détresse, il faudrait référer les personnes touchées à une ressource pouvant les aider et assurer un suivi si nécessaire.

Exemple d’information à fournir au comité d’éthique

  • « Notre recherche consistera en des entretiens individuels semi-directifs avec des femmes ayant déjà subi de la violence de la part de leur conjoint. La nature des questions est susceptible de remémorer des souvenirs et des émotions désagréables aux participantes. Afin d’atténuer ces risques, nous recruterons des femmes qui ne sont plus en relation avec leur conjoint violent depuis au moins 5 ans. De plus, nous prévoyons faire deux pauses durant l’entretien dont la durée prévue est de 90 à 120 minutes. Si une participante éprouve de la difficulté à poursuivre en raison des émotions que suscitent les questions, nous lui offrirons de prendre une pause avant de poursuivre ou de cesser l’entrevue le cas échéant. Enfin, nous proposerons une liste de ressources en fin d’entrevue afin que la personne ne soit pas laissée à elle-même si elle a besoin d’aide. »

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Conservation des données

La conservation des données concerne tous les aspects liés au stockage des données de recherche par la chercheuse ou le chercheur en vue de leur analyse ou de leur utilisation ultérieure, et peut répondre à divers objectifs. En outre, les données conservées sont autant de traces de la recherche, un peu à la manière d’une preuve qui viendrait appuyer les conclusions de la recherche et attester qu’il n’y a pas eu fraude. La conservation des données peut également servir à alimenter un corpus qui sert à son tour de base pour d’autres recherches (utilisation ultérieure). Enfin, il faut aussi noter la conservation de données dans le but d’alimenter les dépôts d’archives et la recherche historique.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d’éthique de la recherche ?

Les exigences éthiques en matière de conservation des données de recherche sont mises en place notamment dans le but de protéger la confidentialité de ces données, ainsi que la vie privée des personnes participant à la recherche. En outre, en balisant la conservation et la communication des données de recherche, il est permis de croire qu’elles ne seront utilisées qu’aux fins pour lesquelles elles ont été recueillies en premier lieu.

L’insistance des comités d’éthique de la recherche (CÉR) pour la conservation adéquate et la destruction des données de recherche a bien entendu des conséquences sur le plan du développement des connaissances. La destruction de données de recherche peut nuire au développement des connaissances sur certains phénomènes. Par ailleurs, la conservation de toutes les données de recherche et leur réutilisation pour d’autres fins pourraient possiblement conduire à des découvertes scientifiques. À l’opposé, une politique qui ne permettrait pas de conserver les données de recherche reviendrait à empêcher la recherche telle qu’on la conçoit. Il semble donc que les acteurs en place ont convenu qu’un équilibre est nécessaire afin de permettre à deux valeurs fondamentales de s’exprimer : la vie privée et le développement des connaissances.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

Contrairement au domaine biomédical qui est habitué à une conservation des données qui peut s’étirer dans le temps, les domaines des sciences sociales et humaines, les arts et les lettres (SSHAL) sont plus souvent astreints à une conservation écourtée de leurs données de recherche. Ainsi, les données sont rarement conservées pour plus que la durée nécessaire pour mener à bien la recherche et sont stockées dans une banque de données ou sont déposées dans un fonds d’archives. Lorsque c’est le cas, la chercheuse ou le chercheur doit en aviser le CÉR qui évalue sa demande et doit s’assurer de respecter certaines normes pour protéger la confidentialité des données recueillies. Par exemple, dans le cas d’une utilisation ultérieure des données par la même équipe de recherche ou une autre, il est habituellement demandé d’anonymiser les données de façon irréversible et de prévenir les participantes et participants qu’une telle démarche est envisagée dans le formulaire de consentement.

Partant des renseignements personnels concernant des participants et participantes, protéger la confidentialité des données de recherche est devenu un défi de taille à l’heure des technologies de l’information et de la communication. De plus en plus, les données de recherche sont compilées sur des ordinateurs, mais les formulaires papier et les notes manuscrites sont encore très utilisés. Plusieurs moyens s’offrent pour protéger les données ainsi conservées : fichiers et ordinateurs protégés par des mots de passe, classeurs et locaux verrouillés à clé, etc. Dans le contexte de la grande majorité des projets de recherche, ces moyens semblent de prime abord suffisants. Cependant, dans certains cas, ils peuvent s’avérer difficiles à garantir, notamment en ce qui concerne la recherche à l’étranger.

Enfin, concernant les recherches auprès des Autochtones, les données de recherche sont habituellement conservées par la communauté où s’effectue la recherche. Pour eux, il s’agit d’une façon de demeurer propriétaires des retombées de la recherche et d’enrichir leur patrimoine. La possession des données et des rapports de recherche permet d’informer la communauté des résultats de la recherche, voire de s’en servir en vue d’une action politique ou autres.

Exemples d’information à fournir au comité d’éthique

  • Exemple 1 : « Les données de recherche seront anonymisées. Un code sera attribué à chaque personne participante et seulement la chercheuse ou le chercheur aura accès à la liste qui associe les noms et les codes. Les données (questionnaires complétés et transcription d’entrevues) seront conservées pendant trois ans et seront détruites par la suite. Les enregistrements seront détruits dès que leur transcription sera complétée. »
  • Exemple 2 : « Les données seront anonymisées avant d’être versées dans une banque de données qui pourra servir de plateforme de recherche pour d’autres membres de notre groupe de recherche. Vous trouverez joint à ma demande le cadre de gestion de cette banque de données. »

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Critères d'inclusion et d'exclusion

Ce sont les critères auxquels les personnes doivent répondre pour participer à la recherche (dans le cas de l’inclusion) ou qui empêchent les personnes de participer à la recherche (dans le cas de l’exclusion). Devant être étroitement liés à l’objet de la recherche, ces critères peuvent notamment avoir trait à la culture, à la langue parlée, au genre, à l’ethnicité, à l’âge, à l’appartenance à un groupe ou à une organisation ou encore, à l’aptitude à consentir.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d’éthique de la recherche ?

C’est du point de vue du principe de justice que les critères d’inclusion et d’exclusion soulèvent des questions d’éthique. En effet, dans l’esprit de l’Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), il faut chercher à atteindre un équilibre entre, d’une part, le fait de faire porter à certaines catégories de personnes un « fardeau disproportionné » dans la participation à des activités de recherche et, d’autre part, le fait d’empêcher certaines catégories de personnes de profiter des avantages et des retombées de la recherche.

Dans le premier cas, il faut donc éviter l’inclusion indue, c’est-à-dire de viser des personnes ou des groupes parce que les circonstances les rendent faciles à solliciter et à recruter. En effet, les personnes ne doivent pas être recrutées sur la seule base du fait qu’elles sont faciles à recruter. Par exemple, viser la clientèle d’un organisme seulement parce que cela facilite le travail sur le plan logistique ne serait pas acceptable. Les centres jeunesse du Québec constituent un bon exemple à ce titre. La clientèle de ces organismes est souvent sollicitée pour participer à des recherches, notamment en intervention sociale. Déjà, elle porte une bonne part du fardeau de la recherche faite sur les jeunes. Par exemple, une recherche sur les habitudes de consommation de produits vestimentaires qui voudrait recruter dans les centres jeunesse inclurait de façon indue une population déjà surreprésentée parmi les participants à la recherche. Rien ne justifierait le recours à cette population pour un sujet aussi large et qui est susceptible de toucher tous les jeunes sans égard à leur présence en centre jeunesse.

Dans l’autre cas, il faut éviter l’exclusion indue. Traditionnellement, certains groupes ont été systématiquement exclus de participer à la recherche, comme les femmes, les enfants et les personnes inaptes à consentir. Aussi, les participants ne doivent pas être exclus de la recherche sur la base du seul fait qu’elles sont difficiles à joindre ou à recruter. Par exemple, une équipe de recherche s’intéressant à la relation thérapeutique entre des proches aidants et des personnes en perte d’autonomie devrait considérer recruter des personnes inaptes à consentir. De fait, plusieurs des personnes en perte d’autonomie pourraient ne plus être en mesure de consentir à la recherche elles-mêmes. Or, leur tuteur, tutrice, curateur, curatrice ou mandataire pourrait le faire à leur place. L’inclusion de cette catégorie de participants et participantes dans la recherche permettrait aussi de prendre leur réalité en considération. Ce faisant, le développement de nouvelles approches en matière de services sociaux et de soutien psychologique pourrait en être bonifié et mieux refléter la diversité des acteurs concernés.

Certaines activités de recherche visent des personnes ou des groupes précis pouvant présenter certaines caractéristiques bien particulières. Dans ces cas, les critères d’inclusion et d’exclusion doivent être raisonnables et scientifiquement valides. Toutefois, si les activités de recherche s’intéressent à un objet qui n’est pas propre à des personnes ou à des groupes répondant à un certain profil, les chercheurs et chercheuses devraient faire en sorte que l’ensemble des personnes invitées à participer représente la diversité de la société.

Exemples d’information à fournir au comité d’éthique

  • « Critères d’inclusion : Faire partie d’une équipe de soccer dans une ligue mineure et être une fille âgée entre 14 ans et 17 ans (inclusivement). Critères d’exclusion : Être de sexe masculin et être âgé de 13 ans et moins ou de 18 ans et plus. Justification : Bien que nous discriminions selon le sexe et l’âge, la présente recherche vise spécifiquement à étudier la perception des adolescentes s’adonnant au soccer vis-à-vis des joueuses plus jeunes et plus vieilles qu’elles, de même que des joueurs du sexe opposé. »

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Méthodologie

Dans le contexte de la recherche avec des êtres humains, la méthodologie comprend les moyens utilisés afin de recueillir des données auprès des participantes et participants. Généralement, les comités d’éthique de la recherche (CÉR) demandent quels types de méthodes et d’instruments de mesure vous comptez utiliser dans le cadre de vos activités de recherche. À la différence des sciences biomédicales, les sciences sociales et humaines ont davantage recours aux méthodes de type qualitatif. Comme les CÉR ont parfois moins l’habitude d’évaluer des projets de recherche dans ces domaines, ils peuvent être moins familiers avec diverses approches qualitatives. C’est pourquoi il est essentiel de bien expliquer vos stratégies de collecte de données.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d’éthique de la recherche ?

Cela vous est demandé parce que les moyens utilisés pour collecter des données sont susceptibles d’avoir des répercussions sur tout le reste de la recherche, y compris sur la nature de la participation des personnes impliquées dans la recherche.

En premier lieu, une telle information servira au CÉR à évaluer si votre projet de recherche nécessite une évaluation éthique, nonobstant la présence de sujets humains. Par exemple, dans le cas de l’observation non participante sans collecte de renseignements susceptibles de mener à l’identification de certaines personnes et dans un lieu public, vous n’avez habituellement pas à demander une approbation éthique.

En deuxième lieu, la méthode employée et les instruments utilisés peuvent aider le CÉR à déterminer le degré de risque et l’importance d’éventuels inconvénients, auxquels s’exposent les personnes qui participent. Par exemple, si vous documentez des études de cas à l’aide d’entrevues individuelles et que des questions assez directes portent sur un sujet délicat qui risque de faire naître des émotions désagréables ou de rappeler des souvenirs douloureux, cela augmentera d’autant les risques psychologiques et les inconvénients.

Le fait d’en savoir plus sur ce sujet permet aussi au CÉR d’estimer à quel point il y aura intrusion dans la vie privée. Par ricochet, cela peut influencer les attentes du CÉR à votre endroit en matière de gestion des données de recherche, notamment sur le plan de leur conservation et de la diffusion des résultats. En outre, cela permet au CÉR d’établir si vous aurez recours à des méthodes particulières, comme la divulgation partielle d’information, ou quelle forme de consentement, (oral, écrit, non documenté, etc.) s’avère la plus appropriée dans le cadre de votre projet de recherche.

Enfin, de manière plus générale, le CÉR sera plus en mesure de juger de la nature de l’interaction qui s’établira entre l’équipe de recherche et les personnes qui y participent.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

Les sciences sociales et humaines, les arts et les lettres (SSHAL) font intervenir toute une panoplie de méthodes de recherche. Certains projets peuvent aussi combiner plusieurs d’entre elles. Reste que ce qui caractérise le mieux ces domaines est le recours aux méthodes qualitatives. Certaines d’entre elles sont épistémologiquement très éloignées des méthodes quantitatives plus classiques, et auxquelles certains CÉR peuvent être plus habitués. Pensons à l’observation participante, à l’étude de cas ou aux groupes de discussion.

D’autres méthodes qualitatives peuvent se passer de variables et d’hypothèses. Dans certains cas, les chercheuses et chercheurs peuvent se trouver dans l’incapacité de fournir au CÉR la méthode de collecte de données ou d’analyse, ou les instruments de mesure dans leur version finale, c’est-à-dire la version qui sera utilisée pour collecter les données.

Aussi, étant donné le caractère dynamique et émergent de certaines approches en SSHAL, les CÉR peuvent exiger de recevoir les documents dans leur forme finale une fois qu’il seront construits et qu’entre-temps, tout changement dans les méthodes utilisées pour recueillir des données lui soit signalé. Par exemple, un questionnaire d’entrevue qui demanderait un prétest ou une validation auprès de quelques personnes.

Enfin, le recours à des méthodes participatives pose aussi des défis importants aux CÉR en matière d’évaluation éthique, car la frontière entre la personne qui fait la recherche et celle qui y participe s’atténue. Dans certains cas, des personnes seront invitées par l’équipe de recherche à contribuer à l’orientation des pistes de recherche. Dans d’autres, l’équipe de recherche s’insèrera au milieu qu’il tente d’étudier pour mieux le comprendre. Il lui est alors aussi difficile que nécessaire de s’assurer que les participantes et participants sauront faire la différence entre le rôle de chercheur, chercheuse et le rôle de bénévole, de coopérant ou d’intervenant, d’intervenante.

Ces pratiques s’éloignent des méthodes s’inscrivant traditionnellement dans le sillage des approches hypothético-déductives (surtout associées aux sciences biomédicales). Or, la plupart des textes normatifs en matière d’éthique de la recherche ont été élaborés en lien étroit avec ces approches. C’est notamment pour cette raison que les recherche en SSHAL se retrouvent parfois bien peu dans ces textes normatifs.

Exemple d’information à fournir au comité d’éthique

  • « Pour mener à bien notre recherche, nous aurons recours à une combinaison de méthodes qualitatives et quantitatives. Premièrement, nous comptons recruter une dizaine de personnes (nous visons un nombre égal d’adultes, hommes et femmes), afin de mener des entrevues individuelles semi-dirigées (une par personne), enregistrées au format audio et d’une durée d’environ 90 minutes chacune. Une grille d’entrevue provisoire (jointe à la présente demande de certificat d’éthique) a été développée. Certaines questions seront possiblement modifiées, supprimées ou ajoutées en cours de recherche. Nous ferons parvenir au CÉR les principaux changements en cours de recherche et une version finale de la grille sera envoyée dès qu’elle sera disponible. L’analyse des réponses aux entrevues sera effectuée à l’aide d’un logiciel de traitement de l’information largement utilisé pour la recherche qualitative. Nous procéderons également à de l’observation non participante. Pour ce faire, nous assisterons à au moins cinq réunions du conseil municipal. Nous tiendrons un journal de notes. Cette méthode servira à documenter les interactions entre les personnes élues et les citoyens et citoyennes. Le conseil municipal compte cinq hommes et trois femmes. Nous ne pouvons présumer du nombre de citoyennes et citoyens qui seront présents, ni de la ventilation selon le sexe. Enfin, nous ferons parvenir un questionnaire électronique à 500 citoyens et citoyennes de la municipalité visée par la recherche (250 femmes et 250 hommes, tous majeurs). Une fois prétesté, le questionnaire sera acheminé dans 500 foyers par voie électronique. À la réception des réponses, une analyse quantitative des résultats sera effectuée. Une version préliminaire du questionnaire est jointe en annexe de la présente demande. Sa version finale sera envoyée au CÉR avant d’être soumise aux personnes visées. »

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Recrutement

Le recrutement des personnes participant à la recherche constitue une démarche qu’entreprend la chercheuse ou le chercheur après avoir obtenu l’autorisation éthique. Le fait que le recrutement soit conditionnel à l’approbation d’un comité d’éthique de la recherche (CÉR) est révélateur de l’importance accordée à cette étape de la recherche. Pour le chercheur, la chercheuse et son équipe, il s’agit peut-être du premier contact direct avec les personnes participantes potentielles et donc l’occasion de jeter les bases de la relation de confiance qui doit les unir.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d’éthique de la recherche ?

On peut voir le recrutement des personnes participantes comme une étape au carrefour de plusieurs enjeux de l’éthique de la recherche. En effet, la manière dont sont recrutées les personnes participantes appelle à une réflexion de la part du chercheur ou de la chercheuse quant aux moyens mis en place, notamment pour :

  1. s’assurer d’obtenir un consentement libre et éclairé ;
  2. protéger la confidentialité des données ;
  3. respecter la vie privée des participants et participantes, et ;
  4. justifier les critères d’inclusion et d’exclusion.

Cependant, l’Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2) précise que « l’évaluation par le CÉR n’est pas obligatoire au cours des premières étapes d’exploration pendant lesquelles les chercheurs et chercheuses prennent contact avec les personnes ou les communautés visées pour établir des partenariats de recherche ou concevoir des travaux de recherche. » Cette disposition permet d’explorer la faisabilité du projet de recherche avant de le présenter au CÉR.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

Lorsqu’il est question de recrutement de participants et participantes, la recherche en sciences biomédicales s’adresse souvent à des bénéficiaires du réseau de la santé et des services sociaux. De plus, c’est souvent par l’intermédiaire d’infirmiers et d’infirmières de recherche que le recrutement est effectué. Le niveau de risque peut être relativement élevé en recherche biomédicale, puisque c’est l’état de santé qui est concerné par la recherche.

Or, en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres (SSHAL), le profil des participantes et participants est très varié. Il en va de même du niveau de risque. Une recherche sur les liens de support intergénérationnel entretenus dans les familles comportera possiblement un faible niveau de risque, alors qu’une autre sur les facteurs facilitant la réconciliation de couples ayant vécu des épisodes de violence conjugale pourrait comporter des risques majeurs. En outre, c’est plus souvent la chercheuse ou le chercheur lui-même qui procèdera au recrutement, ce qui lui permet un contact plus direct avec les personnes participantes. Ce trait caractéristique permet de personnaliser la relation avec le participant ou la participante et de favoriser une culture de confiance réciproque.

Dans les recherches biomédicales, l’interaction directe entre le chercheur, la chercheuse et les personnes participantes peut être inexistante (par exemple, lorsque la collecte d’échantillons sanguins est effectuée par le personnel de recherche, les chercheurs et chercheuses peuvent se concentrer sur l’analyse des résultats). Dans les SSHAL, le chercheur ou la chercheuse aura fort probablement à rencontrer les personnes participantes pour une entrevue individuelle ou de groupe, ou même pour lui faire compléter un questionnaire. Il peut aussi arriver que le recrutement soit présenté par une intervenante ou un intervenant qui œuvre dans le milieu (voir l’exemple).

Cette façon de faire permet de cibler des personnes participantes éventuelles qui répondent aux critères d’inclusion et qui sont plus susceptibles d’être ouverts à la recherche. Dans le cas de personnes vulnérables sur le plan émotif, par exemple, l’intervenante ou l’intervenant responsable de leur dossier est certainement plus à même de repérer ceux et celles qui seront tout de même en mesure de donner une entrevue sur un sujet délicat, sans les mettre dans une situation à risque. Toutefois, des mesures s’imposent pour éviter que la présentation d’un projet de recherche par l’intervenant ou l’intervenante constitue une pression trop forte sur l’usager ou l’usagère. Il faut qu’il soit clairement établi que la personne qui intervient ne soit pas mise au courant de la décision de l’usager ou de l’usagère d’accepter ou de refuser de participer à la recherche et que cette décision n’affectera pas les services qu’il reçoit de la part de l’établissement de santé ou de l’organisme en cause.

À cet effet, une bonne pratique consiste à déléguer la responsabilité de diffuser l’information sur l’existence du projet de recherche à l’intervenante ou l’intervenant, mais de laisser aux personnes participantes l’initiative : c’est à ces personnes de contacter le chercheur ou la chercheuse pour manifester leur intérêt.

La recherche en SSHAL présente des défis importants en matière de recrutement, notamment lorsqu’il est question de recherches menées à l’étranger : la prise en compte des particularités culturelles et historiques, le recours à une traductrice ou un traducteur et l’engagement de ce dernier à protéger la confidentialité des données de recherche, les moyens de communication permettant aux personnes participantes et à la chercheuse et au chercheur de se joindre, pour n’en nommer que quelques-uns.

Exemple d’information à fournir au comité d’éthique

  • « Nous comptons recruter une dizaine de personnes participantes. Comme les personnes visées par le recrutement sont vulnérables par leur situation émotive, nous avons pensé que les intervenantes et intervenants, qui les rencontrent régulièrement, seraient à même de transmettre, en notre nom, un feuillet d’information qui présente notre projet de recherche. Ces intervenantes et intervenants sont bien placés pour déterminer quelle usagère et quel usager est suffisamment « solide » sur le plan émotif pour se prêter à une entrevue individuelle semi-ouverte d’environ 90 minutes sur un sujet aussi sensible. Aussi, nous comptons sur le jugement de ces intervenantes et intervenants pour cibler des participantes et participants qui encourront le moins de risque possible en participant à la recherche. Une fois le feuillet d’information remis, les personnes intéressées devront nous contacter soit par téléphone, soit par courriel pour entreprendre le processus de consentement. L’intervenante ou l’intervenant ne sera pas mis au courant de la décision de l’usagère ou de l’usager d’accepter ou de refuser de participer à la recherche et ce, afin de garantir aux personnes ciblées que cette décision n’affectera pas les services qu’ils reçoivent de la part de l’organisme. »

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