Chercheuse : 
Le Guennec, Marie-Adeline

Établissement : 
Université du Québec à Montréal (UQAM)

Année de concours : 
2021-2022

En 64 apr. J.-C., Rome est ravagée par un incendie: ses habitants privés de domicile trouvent refuge dans les temples de la capitale de l’Empire romain. À la même époque, le philosophe Sénèque, en voyage à travers l’Italie, campe le long des routes, tandis que les représentants de l’empereur logent dans des stations routières aux frais de l’État romain ou des communautés locales. C’est à ces multiples formes d’hébergement, souvent méconnues, que s’intéresse ce projet: à savoir l’ensemble hétérogène de phénomènes que je désigne par l’expression de « séjour temporaire », ou, pour utiliser une formule latine, « momenti causa inhabitare » (« habiter à durée limitée »).

Mais que désignait exactement cette notion dans l’Antiquité romaine: toutes les formes d’hébergement autres que la propriété ou la location avec bail renouvelable ou un ensemble mieux défini de modes d’habitat ? La nature précise de ce que recouvrait cette idée « d’habiter à durée limitée » reste à identifier: c’est ce que j’entends accomplir dans ce projet, centré sur l’Occident romain de la République à l’Antiquité tardive (IIIe s. av. J.-C.-VIe s. apr. J.-C.). Au regard de la documentation ancienne mais aussi par comparaison avec une histoire plus récente, deux perspectives m’intéressent tout particulièrement : le lien entre le séjour temporaire et la mobilité (du voyage ponctuel à la migration de longue durée); et l’existence dans l’Antiquité romaine de notions comparables à celles, contemporaines, d’habitat précaire ou d’urgence.

À la recherche des définitions du momenti causa inhabitare, je centrerai mon enquête sur les mots du séjour temporaire, afin d’étudier la manière dont, en version originale, les Romains exprimaient et représentaient ces formes d’hébergement. Je mettrai de ce fait au centre du projet les textes anciens, latins et grecs, avec deux objectifs :
1. recenser et analyser ce lexique dans un échantillon de récits de voyage romains, riches en scènes de séjour temporaire.
2. confronter ces sources issues de la littérature avec des textes de la pratique, qui nous montrent le séjour temporaire dans ses mots et ses usages au quotidien: mon choix se porte sur les nombreux graffitis d’époque romaine découverts à proximité de théâtres en Campanie (Italie), par exemple à Pompéi, dont les auteurs, venus assister aux représentations, évoquent leur séjour et leur hébergement sur place.

Pour atteindre ces objectifs, je prévois plusieurs opérations qui permettront de construire une méthodologie adaptée à la diversité de mes sources et de parvenir à des résultats novateurs. Des outils numériques innovants seront utilisés pour étudier le lexique des sources littéraires; les graffitis seront relevés directement sur le terrain, ce qui permettra de collecter des données de travail originales. Des étudiant.e.s aux cycles supérieurs seront impliqué.e.s tout au long des phases du projet, dans une perspective de formation à la recherche en histoire ancienne. Les résultats de l’enquête seront diffusés au sein de la communauté scientifique par des interventions dans des congrès internationaux et par des publications; le grand public n’est pas oublié, par l’animation d’un blogue de recherche, des interventions sur les réseaux sociaux et la création de supports pédagogiques.