Chercheur : 
Winterstein, Grégoire

Établissement : 
Université du Québec à Montréal (UQAM)

Année de concours : 
2021-2022

Argumenter implique de convaincre son auditoire. En pratique on convainc sur la base du contenu de ses énoncés, mais aussi de la façon dont on formule ce contenu.
Le présent projet vise à caractériser expérimentalement la façon dont le code linguistique interagit avec le raisonnement argumentatif.

Le raisonnement argumentatif a déjà été étudié au niveau expérimental. On a notamment montré comment le contenu d’un argument interagit avec les croyances préalables des participants au discours, par exemple pour expliquer le caractère persuasif de certains sophismes.
Ces approches ne tiennent pas compte de la forme linguistique des parties de l’argument. Pourtant, le code linguistique affecte le profil argumentatif d’un énoncé. Certains marqueurs de discours sont par exemple décrits comme étant intrinsèquement argumentatifs. Ainsi, les connecteurs adversatifs (comme la conjonction « mais ») sont analysés comme reliant des énoncés argumentativement opposés: dans une conjonction de la forme « A mais B », si A favorise une conclusion C, alors B défavorise C (C est alors un « pivot » argumentatif).

La recherche proposée intégrera ces descriptions à l’étude expérimentale du raisonnement argumentatif. Pour ce faire elle s’appuiera sur des travaux pilotes menés par le chercheur principal concernant l’interprétation des connecteurs adversatifs. Spécifiquement, la recherche portera sur le processus abductif de reconstruction du but argumentatif visé par le locuteur. Ce but n’est pas toujours explicite en discours, mais reste nécessaire à l’interprétation d’un argument. Ce processus de reconstrucution est partiellement guidé par les marqueurs argumentatifs présents dans un énoncé. Ainsi, dans le cas des connecteurs adversatifs, le code linguistique restreint les buts possibles à ceux pouvant servir de pivot.

La recherche impliquera deux expériences.
La première prendra comme point de départ des résultats pilotes qui suggèrent que le raisonnement argumentatif procède en intégrant d’abord les informations du code linguistique, suivies des informations du contexte. Lorsque ces deux types d’informations sont en conflit, on observe des temps de lecture allongés (mesurés en lecture en auto-présentation segmentée). Nous viserons d’abord à répliquer ces résultats sur des locuteurs du français québecois en utilisant un appareil de suivi oculaire. Cette méthode a l’avantage d’être moins intrusive sur le processus de lecture, et de permettre d’identifier avec plus de précision les marques linguistiques qui sont à l’origine d’une difficulté d’interprétation, et dont on fait l’hypothèse qu’elles sont la source du conflit avec les informations contextuelles.

Lors de l’interprétation d’une conjonction adversative, le premier conjoint et le marqueur adversatif définissent un ensemble de buts pivots possibles. Parmi ces pivots, certains sont plus susceptibles que d’autres d’être visés par le locuteur.
Une formalisation Bayésienne du processus d’abduction prédit que différents facteurs, liés aux alternatives possibles des éléments du premier conjoint, affectent la probabilité qu’un but serve de pivot. La deuxième expérience adressera ces prédictions, en les testant par le biais d’une méthode de suivi oculaire dans un paradigme de « monde visuel » où seront présentées des vignettes compatibles avec différents pivots. Le suivi des mouvements oculaires permettra d’identifier le pivot jugé le plus probable sur la base de la vignette la plus fréquemment observée.