
Partout au Québec, les sites d’enfouissement modernes capturent les biogaz qui s’échappent de la décomposition de la matière pour en faire une source d’énergie, mais certaines émissions résiduelles ou provenant de fuites continuent de relâcher du méthane dans l’air. Comme on le sait, ce puissant gaz à effet de serre est en cause dans le réchauffement climatique de la planète.
Alexandre R. Cabral, professeur au Département de génie civil et génie du bâtiment de l’Université de Sherbrooke, travaille depuis plusieurs décennies sur des biofiltres qui s’attaquent à ce problème. Dans le cadre du programme Visage municipal lancé en avril 2021 par le FRQ, la Ville de Montréal a approché ce chercheur pour concevoir un biofiltre pour le site du Complexe environnemental de Saint-Michel (CESM). Au cœur du problème : une fissure dans le roc de l’ancienne carrière Miron laissait s’échapper du biogaz jusque dans les quartiers environnants, ce qui est nuisible pour la population et potentiellement explosif.
Le chercheur et son équipe ont donc lancé un projet pilote de biofiltre sur le site du CESM. Le principe est relativement simple : fournir un habitat composé de différents matériaux (compost, copeaux de bois, sable, gravier, etc.) à des bactéries qui se « nourrissent » du méthane, le transformant en CO2, un GES 86 fois moins nocif sur un horizon de 20 ans.
Les résultats ont été fort encourageants : après 14 mois, les bactéries ont réussi à réduire les émissions de méthane à 96 %. Mis à l’échelle sur le site du CESM, même un biofiltre efficace à seulement 70 % diminuerait les émissions de la Ville de Montréal de 2 %.
Ne s’arrêtant pas là, le chercheur a voulu mettre au point une façon de mesurer en continu la récupération de ces gaz pour vérifier l’efficacité du dispositif, une étape importante pour obtenir des crédits de carbone. C’est qu’à l’heure actuelle, ces mesures sont prises partout dans le monde de manière ponctuelle; or, ce suivi, effectué au moyen de drones, d’avions ou de satellites, n’est pas adapté aux sites d’enfouissement.
Alors que les sites d’enfouissement sont le troisième plus gros émetteur de méthane dans le monde, les biofiltres ouvrent de nouvelles perspectives pour résoudre cet énorme problème.
Références
Almeida, J.L., Dumouchel, J., Santos, J.J.N., Dulac, Y., Héroux, M., et Cabral, A.R. (2024). Construction, monitoring, and efficiency of a biofilter treating a high flow, lean, landfill gas. Elsevier, Waste Management, vol. 190, 455-464. doi.org/10.1016/j.wasman.2024.10.007
Dulac, Y., Nelson, B.R., Zytner, R.G., et Cabral, A.R. (2024). Validation of a methane oxidation biosystem design methodology using numerical modeling. Frontiers In Environmental Science, vol. 12. doi.org/10.3389/fenvs.2024.1397134
Nelson, B., Zytner, R.G., Dulac, Y., et Cabral, A.R. (2022). Mitigating fugitive methane emissions from closed landfills: a pilot-scale field study. Présenté à Elsevier, Science of the Total Environment (STOTEN), vol. 851. doi.org/10.1016/j.scitotenv2022.158351