
Anthony St-Jean
Diplômé à la maitrise en biologie, Université du Québec à Rimouski
Publication primée : Atlas des plantes exotiques naturalisées du parc national de la Gaspésie
Publiée dans : Le naturaliste canadien
Résumé :
Les plantes exotiques sont des espèces qui ne sont pas originaires d’un territoire, mais qui y ont été introduites par l’activité humaine. On en compte plus de 13 000 à travers le monde, ce qui en fait le groupe le plus représenté parmi les organismes exotiques. Ce phénomène touche tous les continents, mais les régions montagneuses sont généralement moins envahies, en raison de leur isolement et de leurs conditions particulièrement difficiles. Cependant, ces milieux ne sont pas à l’abri : avec l’augmentation de leur accessibilité par les visiteurs et le réchauffement climatique, les montagnes deviennent de plus en plus vulnérables à l’arrivée massive de plantes exotiques. En Amérique du Nord, la colonisation du territoire par les plantes exotiques a débuté dès le 15e siècle avec la conquête européenne. Aujourd’hui, environ 30% des plantes du sud du Québec sont exotiques, ce qui rend difficile l’étude de leurs débuts sur le territoire. Il s’agit pourtant d’une phase importante pour la compréhension du phénomène de colonisation par les plantes exotiques en plus d’être le moment où les mesures de gestion s’avèrent les plus efficaces.
Le parc national de la Gaspésie, situé dans les montagnes Chic-Chocs, offre toutefois une occasion unique d’observer le début d’un processus de colonisation par les plantes exotiques. L’occupation humaine permanente y est relativement récente (moins d’un siècle), ce qui permet de documenter les premières étapes de la colonisation végétale. Dans cette étude, les chercheurs ont cartographié, sous la forme d’un atlas, toutes les plantes exotiques naturalisées présentes dans les sentiers et les zones aménagées du parc inauguré en 1938. Résultat : 107 espèces exotiques ont été recensées, soit déjà dix fois plus qu’en 1950. En comparaison, les autres parcs de la péninsule gaspésienne, plus anciennement occupés, présentent une richesse exotique entre 30 à 80% plus élevée. Les plantes exotiques du parc se concentrent surtout en basse altitude, mais certaines commencent à grimper vers les sommets. Huit espèces atteignent déjà la toundra alpine, et 31 autres pourraient bientôt s’y installer, comme elles le font dans les montagnes Blanches du New Hampshire.
En tirant profit d’un échantillonnage exhaustif et de comparaisons historiques interrégionales, cet article met en lumière la rapidité avec laquelle les plantes exotiques colonisent les milieux naturels nouvellement accessibles aux activités humaines, et ce même dans une aire de conservation. Elle établit aussi un précieux point de repère temporel qui permettra de suivre leur progression au cours des années futures. Il en résultera des décisions plus éclairées pour la préservation du riche patrimoine naturel de la région. Finalement, les résultats sont présentés dans un visuel original attrayant qui constitue le premier atlas francophone des plantes exotiques d’un parc montagnard.