Biodiversité forestière et eau : des effets plus complexes que prévu - Fonds de recherche du Québec - FRQ

La biodiversité est souvent présentée comme une solution clé pour renforcer la résilience des forêts, afin de contrer les changements climatiques. Mais cette stratégie soulève une question essentielle : quel est son impact sur l’eau? Audrey Maheu, professeure au Département des sciences naturelles à l’Université du Québec en Outaouais et directrice scientifique de l’ISFORT, s’intéresse à ce sujet dans un contexte marqué par des sécheresses plus fréquentes et plus intenses. Si des forêts diversifiées sont généralement plus productives, elles pourraient aussi consommer davantage d’eau. Comprendre comment la diversité des espèces influe sur le bilan hydrique devient donc crucial pour anticiper la disponibilité de l’eau dans les écosystèmes forestiers et orienter les pratiques en matière d’aménagement.

Pour répondre à cette question, la chercheuse et l’étudiante au doctorat Arielle Rasoanaivo s’appuient sur un dispositif expérimental unique établi à Sainte-Anne-de-Bellevue, où l’on observe depuis plus de quinze ans différentes combinaisons d’arbres – monocultures, mélanges de deux ou de quatre espèces. L’équipe d’Audrey Maheu mesure deux composantes clés de l’évapotranspiration : la transpiration, soit l’eau absorbée par les racines puis relâchée par les feuilles, et l’interception, soit la part des précipitations qui est captée par la canopée et qui s’évapore avant d’atteindre le sol. Les résultats révèlent une réalité nuancée : l’effet de la biodiversité varie selon les espèces et les assemblages. Certaines, comme l’érable rouge ou le bouleau blanc, transpirent davantage en milieu diversifié, tandis que d’autres, comme le chêne rouge, demeurent stables. De plus, l’intégration de conifères tend à augmenter l’interception, réduisant la quantité d’eau disponible au sol.

Ces travaux montrent qu’il n’existe pas de solution universelle : tous les mélanges d’espèces n’ont pas les mêmes effets sur l’eau. À terme, ces connaissances permettront de mieux orienter les stratégies de reboisement et d’aménagement forestier. L’objectif est de concevoir des forêts à la fois diversifiées et adaptées aux contraintes hydriques en évitant des combinaisons qui accentueraient le stress en période de sécheresse. En affinant notre compréhension des interactions entre biodiversité et eau, cette recherche contribue à préparer des écosystèmes forestiers plus résilients qui pourront affronter les défis climatiques à venir.

Référence

Shovon, T. A., Perron, N., Bonal, D., Messier, C., et Maheu, A. (2026). Are diverse forests thirstier? A meta-analysis reveals no evidence for a consistent effect of species or functional diversity on tree transpiration. Journal of Ecology, 114(1). https://doi.org/10.1111/1365-2745.70211 : https://doi.org/10.1111/1365-2745.70211