L’approche « Une seule santé » pour prévenir les zoonoses - Fonds de recherche du Québec - FRQ

Les zoonoses, ces maladies qui se transmettent des animaux aux humains, représentent aujourd’hui une menace croissante pour la santé publique. Leur émergence est alimentée par les changements climatiques, la destruction des habitats naturels et l’intensification des activités humaines. La maladie de Lyme illustre bien cette tendance : la hausse des températures et la fragmentation des milieux forestiers favorisent la prolifération des tiques et la circulation de la bactérie qu’elles transportent. Dans ce contexte, la vétérinaire et épidémiologiste Cécile Aenishaenslin, professeure à l’Université de Montréal, s’est donné pour mission de développer et d’évaluer des programmes innovants en matière de prévention des maladies infectieuses émergentes, selon l’approche intégrée « Une seule santé », qui repose sur l’interdépendance de la santé entre les humains, les animaux et leur environnement.

Pour y parvenir, son équipe conjugue méthodes épidémiologiques et approches qualitatives. Les chercheurs analysent à la fois les comportements humains et les facteurs environnementaux pour concevoir des modèles d’intervention intégrés. La municipalité de Bromont, en Estrie, où les risques liés aux tiques sont parmi les plus élevés au Québec, a servi de terrain d’expérimentation. Pendant cinq ans, l’équipe a combiné mobilisation citoyenne et traitements ciblés dans l’environnement – par exemple, la distribution d’appâts acaricides pour réduire la présence de tiques sur les petits rongeurs. Les résultats ont montré une diminution mesurable du risque environnemental et une meilleure sensibilisation de la population.

Fort de ce succès, le projet a pris de l’ampleur avec l’initiative « Parcs en santé », menée dans six parcs naturels de la grande région de Montréal, en partenariat avec la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq), plusieurs municipalités et l’Agence de la santé publique du Canada. Ces travaux visent à réduire les risques d’infection, tout en renforçant le lien entre la population et son milieu naturel. En intégrant la science citoyenne, l’équipe encourage le public à adopter des comportements favorables à la santé et à la conservation des écosystèmes. L’objectif à long terme est clair : permettre aux communautés de mieux gérer leurs risques sanitaires tout en préservant la biodiversité.

Références
Pelletier, J., Rocheleau, J.-P., Bouchard, C., Baron, G., Coatsworth, H., Dibernardo, A., Fernandez-Prada, C., Ogden, N. H., Potes, L., Leighton, P. A., et Aenishaenslin, C. (2025). Rodent-targeted fluralaner baiting reduces the density of Borrelia burgdorferi-infected questing Ixodes scapularis ticks in a peri-urban setting in southern Canada. Ticks and Tick-Borne Diseases, 16(2), 102467. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2025.102467

Potes, L., Bouchard, C., Rocheleau, J.-P., Richard, L., Leighton, P. A., Pelletier, J., Baron, G., et Aenishaenslin, C. (2023). Evaluation of a community-based One Health intervention to reduce the risk of Lyme disease in a high-incidence municipality. CABI One Health, 2(1). https://doi.org/10.1079/cabionehealth.2023.0017

Bowser, N., Bouchard, C., Robertson, M., Hongoh, V., Richard, L., Leighton, P., Carabin, H., et Aenishaenslin, C. (2025). Evaluation of a community-based One Health intervention to reduce the risk of Lyme disease in a high-incidence municipality. BMC Public Health, 25, article 24042. https://doi.org/10.1186/s12889-025-24042-y