Quand les robots influencent nos gestes à notre insu - Fonds de recherche du Québec - FRQ
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Et si les robots influençaient nos comportements plus subtilement qu’on ne le croit ? Alors que l’on débat largement des effets des algorithmes et de l’intelligence artificielle sur nos choix et nos opinions, l’impact physique des robots sur nos gestes quotidiens demeure peu étudié. Pourtant, en psychologie, on sait que les êtres humains se synchronisent spontanément aux mouvements qui les entourent.

Pour AJung Moon, professeure au Département de génie électrique et informatique de l’Université McGill, il devenait essentiel d’examiner comment les mouvements robotiques, de plus en plus présents dans les milieux de travail, peuvent modifier, voire orienter l’activité humaine.

Dans son laboratoire, l’équipe a conçu un scénario expérimental inspiré d’une chaîne de montage dans lequel un bras robotique exécute un mouvement répétitif d’avant en arrière, alors qu’une personne réalise une tâche similaire à la même table. À l’aide de capteurs de mouvement, les scientifiques ont mesuré la vitesse d’exécution des personnes participantes pendant que le robot accélérait ou ralentissait très subtilement, sans les en avertir. Résultat : les personnes participantes tendaient à ajuster leur propre rythme à celui du robot. Lorsque celui-ci accélérait, elles accéléraient aussi ; et lorsqu’il ralentissait, leur cadence diminuait, quoique de façon moins notable.

Plus précisément, les observations ont montré que lorsque les changements de mouvement du robot étaient très subtils (moins de 20 % plus rapides ou plus lents qu’au début), les gens ne se rendaient compte d’aucun changement, ni dans les mouvements du robot ni dans les leurs. Ce n’est que lorsque les changements étaient plus marqués qu’ils pouvaient les percevoir.

Ces résultats soulèvent des enjeux éthiques majeurs, notamment en milieu de travail. En effet, si des robots peuvent moduler subtilement la cadence des travailleuses et des travailleurs sans qu’ils en aient pleinement conscience, à partir de quel seuil cette influence devient-elle problématique ? Les travaux d’AJung Moon visent à établir des repères permettant d’identifier le moment où l’influence robotique dépasse les limites acceptables. À terme, ces connaissances pourraient contribuer à l’élaboration de normes industrielles favorisant une robotique responsable, respectueuse de l’autonomie et des droits des travailleuses et des travailleurs.

Références

1. Zhu, L., Wong, C. Y., et Moon, A. (2025). “Did you notice? Unveiling robot-induced synchronization in human-robot interaction”. Dans Proceedings of the 2025 IEEE-RAS 24th International Conference on Humanoid Robots (Humanoids), p. 1-8. IEEE Robotics and Automation Society. https://doi.org/10.1109/Humanoids65713.2025.11203172

2. Rismani, S., Shelby, R., Davis, L., Rostamzadeh, N., et Moon, A. (2025). “Measuring what matters: Connecting AI ethics evaluations to system attributes, hazards, and harms”. Dans Proceedings of the AAAI/ACM Conference on AI, Ethics, and Society (AIES ’25). https://doi.org/10.1609/aies.v8i3.36706

3. Moon, A., Rhim, J., et Rosie is a Rental: “What thriving interactive robotics could mean for our society” (2024). Dans W. Barfield, Y. H. Weng, et U. Pagallo (Eds.), Cambridge Handbook of the Law, Policy, and Regulation for Human-Robot Interaction, Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/9781009386708.022